L’austérité n’est pas une politique, c’est une morale…..

Publié le par letang-moderne

2957865772_a0900fd7c2.jpgVincent Peillon a raison de vouloir enseigner dans nos écoles  ce qu’il appelle la «  morale laïque ». Mais plutôt que de parler de vices et de vertus, de bien et de mal, comme le répètent en boucle les télés et les radios qui ont malicieusement  isolé  ces quelques mots de l’excellente conférence de presse du Ministre, ils feraient bien de rapporter l’essentiel de son propos : "le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s'émanciper, car le point de départ de la laïcité c'est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d'arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix", précise-t-il.

Je suis d’accord et il y a du boulot !

 Il va falloir commencer par détricoter le catéchisme libéral qui raisonne d’un bout à l’autre de l’espace européen. Alors que la réalité montre que les politiques mises en œuvre conduisent tout droit à l’appauvrissement des nations et  à la paupérisation des pauvres bougres qui par leur travail produisent l’essentiel des richesses qui n’arriveront  jamais dans le circuit de la société, détournées qu’elles sont par l’avidité insensée d’une économie entièrement financiarisée et dévouée à l’enrichissement sans cause des actionnaires….

Pour faire avaler ce détournement massif de la richesse commune au profit d’un petit nombre  « d’élus » (par personne) qui baignent au milieu de dividendes, de retraites chapeau, de golden parachutes, de  cash primes… les politiques néolibéraux emploient tous le même vocabulaire, la même litanie.

Ainsi, le président du gouvernement espagnol, M. Mariano Rajoy, haranguait ses compatriotes : « Nous sommes confrontés à une tâche ingrate, comme celle de ces parents qui doivent se débrouiller pour nourrir quatre personnes avec l’argent pour deux. »

Pourtant de nombreuses voix s’indignent de cet absurde raisonnement qui entend comparer le comportement d’un état à celui d’une famille  ou d’un ménage, mais rien n' y fait, la leçon est tous les jours répétée, en France première leçon à 19 h 12 avec Jean Michel Apathie, deuxième couche   en fin de soirée sur la 5 avec l’incomparable  Yves Calvi, et sa bien nommée messe : « C’est dans l’air »

C’est dans l’air comme le véritable crime social mis  en œuvre en Grèce, irrationnel, proprement délirant, cette passion pour la  contrition n’entretient aucun rapport avec la réalité.2880756271_a940a369e4.jpg

Ecoutez plutôt le  président du Forum économique de Davos, le dénommé Klaus Schwab, qui dans une  véritable transe métaphysique déclarait à l’ouverture du dit forum : « Nous payons les péchés de ces dix dernières années, si les pays qui ont péché, en particulier ceux du Sud, ont la volonté politique d’entreprendre les réformes nécessaires alors…… » 

Il parle maintenant de pêché le bougre vous avez bien lu…. Et puis vous pouvez toujours compter sur les chiens de garde qui en remettent une couche comme l’inénarrable bouffon de Franz-Olivier Giesbert qui lâche dans le point : « Nous avons vécu trente années  de folie, au-dessus de nos moyens, trente ans de bêtises et d’insouciance »

Qui bouffon ?

Ceux qui n’ont jamais trouvé de travail depuis 1990 ? Ceux qui ont vu la banquière couper leur carte de paiement avec un ciseau, juste avant de leur retirer leur chéquier ? Ceux qui se sont fait jeter de chez leur médecin parce qu’il refusait la CMU ? Ceux qui font crédit chez l’épicier pour acheter du lait ? Qui bouffon vit au dessues de ses moyens ?

Personne sauf  les voleurs de plus-value, les profiteurs, et les laquais du système qi se gobergent à l’ombre des   oliviers du sud de la France  quand ils ne sont pas derrière la vitre de notre télévision !

Ce récit fantasmatique de la crise est plus qu’un élément de langage se propageant dans la classe dominante, il est le nouveau catéchisme de ceux qui n’ont jamais accepté ni la Révolution Française, ni le Front Populaire, ni les conquêtes sociales de l’après-guerre. Il est le credo de la réaction, le signe de reconnaissance de tous les revanchards !

Déjà Pétain avait su enterrer les calamiteuses pensées du Front populaire. Toute la propagande pétainiste tentait alors de démontrer que « l’esprit de sacrifice » incarné par le Maréchal, était la seule voie pour expier « l’esprit de jouissance »  que de dangereux gauchistes comme Daladier, Blum, Salengro ou Léo Lagrange avaient installé dans le pays construisant ainsi toute les conditions qui ont mené à la défaite…. Les Jean Michel Apathie de l’époque, les mouchards (Joffrin) de la presse collaborationniste pouvaient alors écrire : « Léon Blum  est l’homme qui à inoculé le virus de la paresse dans le sang du peuple. »

Austérité, rigueur, ascétisme, efforts, restrictions, privations,  redressement... ils utilisent ces mots tous les jours pour faire entrer dans les têtes que le bonheur est hors d’atteinte, illégitime revendication du bien vivre !

4689015508_19c1149829.jpgLa contre-révolution qui est à l’œuvre est d’une ampleur sans précèdent, c’est du pragmatisme de Voltaire  dont ils essaient de nous extirper en  réfutant de fonder l’action collective comme une réponse nécessaire et indispensable à la sortie  de l’absurdité de la condition humaine….

Nous rejetant dans l’immense solitude de notre inefficacité individuelle, enfermés dans nos destins personnels, c’est bien l’idée de St Just que « le bonheur est une idée neuve en Europe » qu’ils entendent détruire…. En comparant la conduite des Etats à celle d’une famille ou d’un individu, ils tentent tout simplement de nier l’idée même  du gouvernement du peuple par le peuple.

Est-il utile de rappeler que la gardienne du temple libéral du moment est une fille de pasteur luthérien ? Et la façon dont Angela Merkel parle de l’euro, pense  sa gouvernance, ressemble davantage à la lecture rigoureuse d’une liturgie qu’à la mise en place de politique audacieuse au service de l’Europe et de ses peuples !  

La souffrance n’est pas une vertu, et pour redonner à l’école son rôle émancipateur, il faudra apprendre de nouveau à décoder les discours de propagande qui nous sont servis, le ministre de l’éducation nationale devra faire le ménage dans les programmes, rajouter des pages et des heures sur des sujets comme la Révolution Française, remettre l’histoire de la pensée économique dans les livres de sciences économiques et sociales des élèves de seconde, il devra être attentif à la manière dont nous est présentée dans les manuels d’histoire et de géographie la construction européenne.

C’est un beau chantier que de remettre la laïcité au cœur de notre système éducatif, chacun ainsi pourra admettre que  fils de riches ou de  pauvres, de blancs ou noirs,   filles de roms ou gardiens de police, le devoir sacré de la nation  est de permettre de s’élever, de se soigner, de se distraire, de se cultiver, de rire et de pleurer, de prier ou de blasphémer…. Les hommes et les femmes peuvent pécher si le cœur leur en dit, pas les Etats, pas la Nation,  pour la République c’est le peuple qui est souverain !

4116587689_0b8b9797f3.jpg


 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

BOUTHILLON 02/09/2012 18:10


Tu prends le problème par le bon bout... à la source.


En écho à ce que tu dis, et pour approfondir l'axe moral et éthique de l'éducation de l'Homme, excellent entretien avec Daniel Cohen dans le Nouvel Obs du 30/08, une fois n'est pas
coutume,  sur son bouquin "Homo economicus" ! Malheureusement le Nouvel Obs ne permet pas l'accès internet à cet article, commerce oblige. Voici l'article tout chaud du JDD ! Pas mal sur la
théorie du bonheur individualiste jamais étanchée, face à celle du bonheur communautaire, où le partage et l'adhésion au groupe, le principê de solidarité contre le p^rincipe de l'idividualisme,
épanouit l'Homme. http://www.lejdd.fr/Culture/Livres/Actualite/Daniel-Cohen-Dans-quel-monde-allons-nous-vivre-550224