Entre océan et Rivière, entre René Andrieu, et Yvan Lemaitre !

Publié le par letang-moderne

 

rene-andrieu.jpgBon, pas de billet de blog hier, mon amertume avait déjà eu l’aubaine  de s’exprimer, j’avais déjà eu l’occasion de vomir l’essentiel, et l’indispensable le cri du peuple avait mieux que personne donné la couleur de la soirée électorale de dimanche.

Lecture, lecture… en cette fin d’après-midi rose engourdie. C’est donc en relisant l’excellente vie d’Henry Brulard de Stendhal, (les romantiques ne se refont pas, même au soleil) que  je redécouvrais les causes  du déraisonnable, de la méchanceté sombre d’une enfance. Si le jeune Stendhal se décrit lui-même comme bilieux, ronchon et désagréable, c’est parce que dit-il, jamais on a permis de parler à un enfant de son âge !  

L’enfance des géants, voilà qui me ramène à l’évolution de notre petit Parti de Gauche. S’entrechoquent dans mon esprit, ces fins de réunions où Jean-Luc Mélenchon convoque Victor Hugo, ces images des ces salles ouvrières, jeunes, bigarrées, ragaillardies par la force qui va !

Les marxistes y voient une campagne de masse, la préfiguration de la révolution citoyenne qui s’avance, la vague qui déferle sur l’océan, j’y vois la rencontre des rivières, des petits ruisseaux de la contestation sociale et économique, j’y vois la création d’un fleuve puissant et tranquille.

J’ai le romantisme paisible.

Notre Parti de Gauche en est là, entre rivière et océan, entre Jean Paul Sartre et Victor Hugo. Le second voulait être Châteaubriand ou rien, l’autre expliquait qu’un Homme qui n’avait pas été amoureux de la Chartreuse de Parme avait toutes les chances de passer à côté de son humanité. Il voulait être, à la fois, Spinoza et Stendhal,  il ne fut ni l’un ni l’autre. Il ne restera que le contemporain de Raymond Aron ! Mouhahhahaaaa !

Victor Hugo a lui réussi l’alliance du grand et du vrai, Chateaubriand parlait au cœur par sa vérité, il n’atteint jamais le grand, que son réactionnaire enclin bloquait. Parce que  le grand saisit la masse et le vrai l’individu !

Pour le grand, Jean Luc Mélenchon a fait le boulot. Pour le vrai, le parti  doit s’y mettre de suite.coquelicot_dans_le_bitume.jpg

René Andrieu qui fut l’éditorialiste de l’Humanité dans la période de 1960 à 1980, ne trouva jamais un mot pour critiquer, amender, discuter toutes les lignes successives de son parti de Prague à Budapest, de congrès en congrès, il avait toujours raison. Il partageait avec Sartre une véritable passion pour Stendhal et c’est en me souvenant de cette passion que je redécouvrais hier soir, l’éditorial qu’il écrivît au lendemain de la victoire de François  Mitterrand en 1981 !

Ce texte s’appelle le rejet, il est tout à fait étonnant,  qu’une fois oubliés les éléments conjoncturels, on retrouve dans cette analyse les éléments de langage, (comme on dit aujourd’hui) qui sont d’une insolente actualité !

Ainsi il écrivait : « le vote d’hier montre à l’évidence le rejet par le peuple français de la politique giscardienne et la profonde volonté de changement qui l’anime. Il s’agit maintenant de faire en sorte que celle ci ne soit pas déçue…..// … notre parti a fait savoir qu’il était prêt à prendre toutes ses responsabilités »

Voyez-vous même ce qu’écrit Pierre Laurent dans son rapport politique devant le conseil national d’hier : « Au terme de deux batailles électorales que vient de vivre le pays, le choix des électrices et des électeurs est clair : tourner la page de la politique de Nicolas Sarkozy. Après dix ans de droite, et une présidence sarkozyste brutale et cynique au service exclusif des puissances d'argent, le peuple de France s'est libéré d'un pouvoir qui l'a méprisé et agressé pendant cinq ans. Avec L’élection de François Hollande à l'Élysée et d'une majorité de gauche à l'Assemblée nationale, c'est bien une nouvelle période politique qui commence. Celles et ceux qui ont voulu ces victoires ont repris espoir et souhaitent maintenant qu'elles répondent à leurs attentes, que leurs vies changent, que le pays se donne les moyens de sortir de la crise. C'est à partir de ces attentes que doit être pensée notre engagement à venir »

Plus loin et sur la question du gouvernement et de la participation  des communistes à celui-ci, il écrit : « ….C'est pourquoi si nous estimons que les conditions de notre participation au gouvernement Ayrault ne sont pas aujourd'hui réunies, notre objectif est de modifier cette situation. Nous restons disponibles si ces conditions  évoluaient. »

Bien sur,  il est affirmé dans ce texte que les conditions  pour entrer au gouvernement ne sont pas réunies, mais l’inquiétant est dans l’apposition qui suit : « notre objectif est de modifier la situation » !

Il y a là un véritable désaccord, sur la nature et le rôle du Front de Gauche quand nous disons, nous, nous voulons gouverner, il faut entendre nous voulons que notre ligne, nos propositions soient majoritaires à gauche ! Nous ne sommes ni une force d’appoint, ni un aiguillon, nos propositions sont incompatibles avec ceux qui soutiennent l’alliance de la droite grecque et du PASOK …. Nous sommes une force indépendante et conquérante, nous savons, sans le souhaiter, que les choix de la social-démocratie mènent au chaos…

Pour autant je ne peux  me satisfaire de ce que dit mien camarade François Delapierre dans Mediapart.

 A la question le Front de Gauche est-il voué à l’échec dans les institutions de la cinquième République ? L’ami répond tout de go : « Oui. Le Front de Gauche veut donner le pouvoir au peuple et cela heurte de plein fouet les institutions de la Cinquième. Notre projet est une révolution citoyenne, et non une alternance dans le cadre de cette République. Nous avons donc fait de la VIe République le mot d’ordre de nos grands rassemblements de la présidentielle. »

Plus loin il enfonce le clou, notre finalité, dit-il, n’est pas d’avoir le plus grand nombre d’élus pour peser dans  les institutions, nos élus sont au service de la révolution citoyenne et il reste la possibilité de descendre dans la rue….

heur.jpgMais à quelle heure camarade ?

Voilà une posture étrange, ce n’est plus du romantisme, c’est Jean Paul Sartre sur un tonneau à la sortie d’une usine déserte… Ce n’est plus un discours de masse, c’est une autojustification, ni nécessaire, ni convaincante.

C’est un discours qui ressemble aux plus obtus des catéchismes du NPA, tendance post-mortem. Je vous livre ici ce qu’écrivait hier Yvan Lemaitre : « C’est pourquoi le NPA s’adresse à toutes les forces politiques, syndicales, associatives, à toutes celles et ceux qui refusent les politiques d’austérité pour discuter ensemble des moyens de constituer une opposition de gauche au gouvernement Hollande-Ayrault. Les travailleurs, les classes populaires, les jeunes ne peuvent laisser l’opposition à la politique de Hollande entre les mains de leurs ennemis, la droite et l’extrême-droite populiste. Pour préparer l’avenir, défendre leurs intérêts, leurs droits sociaux et démocratiques, il est nécessaire qu’ils interviennent eux même. Ces prochaines semaines, ces prochains mois c’est dans les mobilisations sociales et politiques que doit s’exprimer le vrai changement ! »

« Ce n’est pas à l’assemblée ♫! Ce n’est pas dans les palais ♫ » et patati et patata !

Le Front de Gauche n’est pas voué à l’échec !!

Il ne doit pas attendre le grand soir de la révolution citoyenne pour imposer la sixième République et une nouvelle répartition des richesses ; il ne doit pas plus, espérer d’une prise de conscience soudaine des sociaux-démocrates qui se réveilleraient inspirés par les déclarations du premier secrétaire du parti communiste.

Sans l’intuition du Parti de Gauche, sans la courageuse décision de Jean-Luc Mélenchon, de Marc Dolez et de tous ceux qui sont venus et qui viennent encore, il n’y a pas de Front de Gauche, il n’y a pas de défaite de Sarkozy !

Sans défaite de Sarkozy, il n’y a pas d’ailleurs possible. Nous avons maintenant dégagé le terrain pour pouvoir gagner les élections qui suivront, le débat de l’orientation du PG est le débat du sens du Front de Gauche.

La révolution citoyenne qui est une insurrection par les urnes, ne se ramène pas quand on la siffle, c’est une longue démarche victorieuse que si on ne l’abandonne pas en chemin…

Notre romantisme à nous, c’est le programme de la résistance et des jours heureux, ce n’est pas le Dormeur du Val.

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Nathanaël Uhl 19/06/2012 15:06


Alain,


Merci d'abord pour la gentille citation du début. Je suis surpris de voir que ce mien coup de mou, ce "vomi" rencontre autant d'écho.


Au travers du prisme de notre commun parti, malgré les différences de culture qui sont les nôtres (ou qui devraient l'être parce que finalement hein...), nous convergeons sur quelques points :


- constat : nous n'avons pas, visiblement, tous la même vision des choses au sein du PG et, plus largement, du Front de Gauche.


- tâche : il faut mettre à plat les divergences et voir ce qui est de l'ordre du dépassable, d'un côté, ce qui est nous oppose fondamentalement.


Comme j'en discutais avec quelques amis, ici, j'ai bien peur que si nous ne menons pas rapidement à bien la tâche que j'évoquai ci-dessus, nous ne perdions définitivement les milliers de
citoyens qui nous ont rejoints durant cette campagne.


Dans ma culture à moi, il est de bon ton de dire "le parti se renforce en s'épurant". Et quand on est 3 à la fin, on fait quoi ? (rires)


Bon, à samedi ? Je t'embrasse


N.