C ‘est maintenant, Jean Marc Ayrault souviens toi !

Publié le par letang-moderne

camping-car.jpgPuisqu’on me dit que c’est lui, et qu’il n’est pas arrivé en camping car, j’aime à me souvenir de ces années lointaines durant lesquelles nous croisions entre les cuisines syndicales de l’UNEF ID, cette voix claire et ce regard aiguisé sur le monde. Le camping car c’est le souvenir que j’ai de Jean Marc Ayrault, la voix claire et le regard aiguisé c’est ceux de Jean Poperen.

C’est en songeant  au nouveau premier ministre qui a toujours eu la passion constante des camping-cars que m’est apparue cette évidence : Le camping car est cet objet qui permet de trimballer son décor dans toutes les situations les plus extravagantes  au cœur des situations les plus exotiques.

Etre chez soi tout en voulant être ailleurs, assis sur ses bases tout en dérivant à 110 km/h, la magie du camping car c’est l’illusion de la fidélité, le tire-complexe de l’abandon, l’aventure sans risque.

En réalité ce qu’il y a d’important chez le nouveau premier ministre, de noble et de respectable, c’est qu’il fut poperéniste !poperen.png

C’est pour cela qu’au moment des choix, résister ou se soumettre, libérer ou étrangler, je fais le souhait qu’il se souvienne ! Qu’il se souvienne  de ces universités d’étés de Rassemblés à Gauche, à Hourtin, où Poperen prit la parole juste après lui, il rappela avec raison ce qui reste pour moi un enseignement clé de la stratégie politique, il expliquait qu’il ne fallait pas confondre le consensus, conglomérat mou de malentendus, bouillie immangeable  de méprise et d’équivoque, avec le compromis qui est in fine la composante essentielle de la lutte des classes. Que la prise du pouvoir n’était efficace que si elle s’opérait après l’établissement d’un rapport de force favorable sur le seul terrain des mobilisations sociales. Et surtout, insistait-il, ne jamais oublier que si, entre chaque élections  ce sont les indécis qui font la décision, ce n’est jamais en leur courant derrière qu’on peut les rattraper. Ces éléments instables, ces troupes boitantes, ces hordes chancelantes, ne se décident jamais en fonction des programmes, mais cèdent toujours au rapport de force !

Je souhaite que le nouveau premier ministre ait ce raisonnement en tête, s’il devait en garder un. Lorsque Valls (dont il n’y a rien à tirer) ironise sur l’archaïsme de Mélenchon et des communistes, je voudrais qu’il soit une minute horrifié par la stupidité du propos, qu’il se souvienne que les paillettes de la modernité ne sont souvent que la poudre qui estompe les lignes de force du champ politique, hostile à l’éducation populaire qui seule permet de gagner les esprits au nécessaire changement !

A ceux qui se gaussent de notre ringardise laïque, refusant de financer là une crèche Loubavitch, ne votant pas ailleurs les crédits insensés aux maisons familiales et rurales qui détruisent les lycées publics agricoles, nous rétorquons fiers de son enseignement que la laïcité est la seule grille de lecture qui permet de prévenir les dérives communautaristes.

Le Front de classe de Jean Poperen était l’outil de l’union de la gauche, malgré les tangages, les querelles, malgré les renoncements et les trahisons il permettait de tracer le sillon qui autorisait le regroupement politique des couches populaires !

Le Front de classe était aussi le meilleur outil pour garder sur la bonne route les moins malins qui déjà pouvaient se laisser tenter par le discours démagogique, haineux, des aboyeurs de l’extrême droite !

laluttecesclasse.jpgAvec un autre Front, que nous appelons de gauche nous suivons le même but, sans doute comme Jean Poperen nous faisons nous aussi, des erreurs tactiques. Je ne sais pas à cette heure si Jean Marc Ayrault est premier ministre ou non, mais je pense qu’en ce jour de passation de pouvoir, Hollande eut été bien inspiré de rendre un hommage puissant  à Colette Audry a propos de laquelle, sans doute en pensant à lui, sans doute en pensant à nous tous, il écrivait : « ceux que certains, pour s’absoudre eux-mêmes appellent intransigeance, nous l’appelons nous, la fermeté, la fidélité à ce que l’on croit juste, mais il vrai, tant les accommodements, les facilités et les petitesses sont aujourd’hui dans la manière d’être, que cette vertu étonne, parce qu’elle détonne ».

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